Quel environnement choisir et quelle attitude tenir lors des premières heures de formation?

Introduction : 

Il n'y a pas de recette universelle pour gérer les premières heures de formation, mais il y a certaines démarches qui statistiquement marchent mieux que d'autres. Il y a également des erreurs à ne pas faire en voulant donner trop d'information à la fois, l'idéal est que l'utilisateur arrive à trouver de lui même ce qu'il faut faire en le mettant dans les bonnes configurations. Nous nous plaçons ici dans une configuration sans handicap associé à la déficience visuelle.

 

La canne électronique demande à la personne d'être active tant dans le prélèvement de l'information que dans son interprétation et dans l'action qui va en découler.

Le prélèvement de l'information dépend de l'orientation de l'appareil solidaire de la canne. C'est directement la technique de canne blanche (son orientation, son balayage) qui va déterminer la qualité du prélèvement de cette information. Autant il peut y avoir plusieurs variantes pour être en sécurité avec son balayage de canne qui ne porte qu'à un mètre, autant la canne électronique portant couramment à 6 mètres voire 12 mètres (si on le souhaite) ne tolère que la technique de canne dite "strictement académique" : main centrée, balayage uniquement par la flexion extension du poignet (bras et avant bras doivent être décontractés mais fixes), pas de rotation du poignet (le pouce doit toujours regarder vers le haut), balayage entre la largeur des épaules et des pieds (possibilité de réduire un peu l'amplitude par rapport à la canne seule), balayage au rythme des pas (si on balaye plus vite que le pas, le cerveau n'aura pas le temps d'analyser suffisamment finement l'information, si on est plus lent on perd de la protection au niveau du sol), seule une synchronisation imparfaite ne sera pas pénalisée par l'appareil. 

Il ne faut pas tenter d'expliquer tout cela de manière globale par un déluge de paroles, le seul résultat sera de provoquer un mal de crâne, une grande lassitude chez le nouveau arrivant ou pire le braquer "je ne suis pas à l'armée.

Une première recommandation est de commencer par des espaces très larges, ayant très peu d'obstacles afin que l'utilisateur puisse répondre de lui même peu à peu à toutes ces questions avec une intervention mineure du formateur. Le travail du formateur est de le mettre dans une bonne situation, qu'il va, fonction de ses prérequis, arriver à décoder de lui même.

Un parc, un trottoir très large dégagé, une grande place avec peu d'obstacles mais volumineux, avec très peu de passants en utilisant une portée de 6 mètres sont de bonnes conditions. S'il y a possibilité de fournir un repère auditif stable comme une route, ou une source de bruit qui permet de s'orienter facilement, cela évitera de solliciter la kinesthésie à ce stade.

La personne, en marchant tranquillement et en effectuant les balayages de la canne, va percevoir des vibrations facilement localisables, même s'il n'y a pas encore une perception fine de la direction fournie par la flexion extension du poignet. Bien entendu il faut bien sûr faire en sorte que le seul mouvement des membres supérieurs responsable du balayage soit bien la flexion extension du poignet, et que la symétrie du mouvement ne soit pas trop mauvaise, il ne faut pas plus d'un balayage par pas, si c'est moins ou désynchronisé, ce n'est pas grave à ce stade. Il faut une démarche avant tout souple et tranquille.

Observer ce que fait la personne, répondre à ses questions, l'aider à trouver les réponses sans fournir la solution, la laisser se tromper, lui demander d’interpréter, ne pas intervenir pour éviter les chocs inoffensifs comme un frottement d'épaule, cela permet de prendre conscience d'une déviation insuffisante face à l'obstacle.

L'objectif à atteindre est un changement de direction le plus tôt possible pour éviter l'obstacle sans déviation excessive (on ne doit passer trop loin de l'obstacle). Au bout d'une certaine pratique dans le lieu la personne doit commencer à pouvoir mettre un nom sur les obstacles évités sans les avoir touchés.

Si la personne à quelques défauts de balayage, de mouvements de l'avant bras lors de l'évitement, ou autres négligences ne pas être trop exigeant, on est sur les bases de l'intégration d'une perception nouvelle qui demande au début un important effort cognitif, il est normal que d'autres choses lâchent à ce moment.

Eviter de confronter aux obstacles fins, aux personnes qui passent, aux zones encombrées, aux chicanes c'est pour plus tard.

Par contre inciter la personne à exploiter ces nouvelles informations pour améliorer sa représentation spatiale du lieu. L'appareil n'est qu'un outil intermédiaire, l'essentiel est la construction de la représentation spatiale qu'il va permettre. Sans cette construction, l'usage n'ira pas très loin.

Certaines personnes y arriveront en quelques minutes, d'autres mettront peut être plusieurs séances, cela ne présage en rien des résultats long terme.  

Il ne faut pas bourrer le crâne avec toutes les fonctions de l'appareil ni les opérations de maintenance, pour le moment on allume, on met l'interrupteur de portée à fond à droite et on roule....

Pour que la personne spatialise ce qu'elle fait, ne pas théoriser, se mettre contre l'obstacle et faire coucou pour donner un retour auditif qui permettra de mieux comprendre la distance à laquelle il se trouve au début de la vibration. Il est également intéressant de se mettre près de l'obstacle au moment où la personne est à son niveau et de faire un signe auditif pour permettre à l'utilisateur de savoir s'il ne s'est pas trop écarté, s'il est trop près l'épaule va frotter, pas d'intervention à faire. Par contre s'il frotte du même côté plusieurs fois de suite (dissymétrie du balayage, défaut de schéma corporel...) essayer de lui faire trouver ou au moins prendre conscience de la raison.

Ne pas laisser les épaules bouger pour rechercher une direction à l'arrêt, c'est le travail du poignet, une fois la direction pointée par la canne les épaules suivront.

Même si la personne semble réussir spontanément l'exercice avec fluidité, demander de temps en temps de décomposer l'action, arrêt dès apparition de la vibration, recherche de la transition obstacle/ passage par le poignet, prise de la direction d'évitement, récupération de la direction initiale après l'évitement.

Il faut s'attendre à des reprises de direction initiale avant d'avoir dépassé l'obstacle, passer de la spatialisation d'un obstacle qui est au bout de la canne à celui se trouvant à 6 mètres devant est une grande différence, il faut le temps de s'adapter.

Conclusion : Commencer par les grands espaces donne de meilleurs résultats que de commencer par l'espace restreint, ce n'était pas forcément évident au début des protocoles de formations où l'on pouvait avoir tendance à partir de la portée de la canne blanche pour l'étendre progressivement. Il ne faut pas oublier que ces appareils ne sont pas conçus comme des détecteurs d'obstacles mais comme des détecteurs de passage. Un grand passage est plus facile à trouver qu'un petit. Aller de la détection des grands passages aux passages de plus en plus petits, donc aux espaces restreints redevient logique.