La surdi-cécité fait partie des handicaps très lourds. La canne électronique fait appel à la proprioception (aptitude à connaître la position de ses membres par rapport à son corps) pour connaître la direction des obstacles. L'information vibratoire donnée par l'appareil permet de connaître la distance à l'obstacle. L'outil est donc à priori accessible pour les personnes sourdes aveugles. Nous avons eu plusieurs cas de personnes très malentendantes en formation classique de canne électronique, et cela se gère par quelques adaptations du protocole standard.

Par contre rien qu'accéder à une personne totalement sourde et non voyante a déjà été un problème et nous avons mis près de 15 ans à trouver une opportunité. Nous n'avions pas de moyens de diffuser l'information auprès de ces personnes qui dans la quasi totalité des cas sont sous tutelle, avec des moyens de communication limités et souvent dans des centres géographiquement isolés. C'est par hasard par un ami d'une personne sourde aveugle maîtrisant l'écriture et le courrier électronique et curieuse des nouvelles technologies que nous avons pu mettre en place une session de formation dans le foyer des personnes sourde - aveugles "La Peyrouse".

Nous y avons été très bien accueillis et aidés par le personnel du centre. Quatre personnes ont demandé à suivre le premier stage de formation. L'IMDV a fourni le matériel (4 Minitacts plus un de rechange en cas de panne) et la participation de ses bénévoles Aziz Zogaghi et René Farcy. L'ACBE Grand Sud (Association Cannes Blanches Electroniques Grand Sud) a mis à disposition son instructrice de locomotion Cendrine Carrer. Celle-ci, très expérimentée sur les cannes électroniques, possède également les bases de communication avec les personnes sourdes.

Nous avons été surpris par la réceptivité et la réactivité des participants, ainsi que par leur volonté, leur aptitude à comprendre à partir de peu de mots ce qu'il fallait faire. Nous avons également appris sur les techniques d'utilisation de l'outil, car sans audition tout se reporte sur l'information fournie par l'appareil. Certaines erreurs faites par les stagiaires ont permis d'améliorer nos exercices. Une seconde session a eu lieu en septembre 2018 quelques mois après la première, nous avons pu faire un premier bilan et voir la réalité de l'utilisation. 2 personnes sur les 4 initiales ont souhaité continuer. Les difficultés de fond ont peut être été plus sociales que techniques. En effet dans le centre il y a des collisions entre les personnes pouvant être violentes. Par contre il s'avère difficile de faire respecter des règles de déplacement et de déterminer les responsabilités. Avoir un moyen de percevoir les autres implique être responsable en cas de collision. D'un autre côté l'appareil a été exploité pour localiser les autres personnes afin d'entrer en discussion, usage que nous n'avions pas imaginé.